Top

Avant et après le smartphone : une frontière invisible

J’ai un chat. Il s’appelle Scrat.
Il partage notre vie depuis presque quatorze ans. Quatorze années, c’est long à l’échelle d’un animal. C’est une fidélité silencieuse, un fil continu, discret mais solide. Et avec le recul, je me rends compte d’une chose : il y a eu un avant, et un après le smartphone dans notre relation – comme dans tant d’autres.
Avant, le temps avait une autre texture.
On s’asseyait. On regardait. On attendait. On était là, tout simplement. Aujourd’hui, le téléphone s’intercale partout, même dans les moments supposés calmes. Même dans l’intimité la plus simple.

Le geste qui ne trompe pas

Je l’ai compris il y a une bien longtemps, un soir, banal, presque insignifiant.
Devant la télé, avachie dans le canapé, le téléphone à la main. Scrat saute sur moi, comme il l’a toujours fait. Il cherche un câlin. Des caresses. Rien d’extraordinaire.
Mais cette fois, il insiste autrement.
Il pousse ma main – celle qui tient le téléphone – avec sa tête. Pas violemment. Pas agacé. Juste assez pour dire : pose-le.
Je suis là.
Ce geste-là, je ne l’ai jamais oublié. Parce qu’il est d’une clarté désarmante. Les animaux ne négocient pas avec l’attention. Ils ne comprennent pas qu’on soit “presque là”. Soit on est présent, soit on ne l’est pas.

Où sont passées nos priorités ?

La question est brutale, mais nécessaire.
Où sont nos priorités, aujourd’hui ?
Scroller encore.
Une vidéo de plus.
Un message qui peut attendre, mais qu’on lit quand même.
Ou répondre à ce besoin simple, immédiat, vivant : une présence partagée, un contact, une respiration commune.
Nos animaux ne réclament pas grand-chose. Ils demandent du temps vrai (au même titre que les enfants d’ailleurs). Pas du temps rempli. Pas du temps morcelé. Du temps habité.

Ce que les animaux nous rappellent, sans discours

Scrat n’a jamais eu besoin de mots pour m’enseigner ça.
Il m’a appris que la vie se joue souvent dans des instants minuscules : une tête contre une main, un ronronnement, un silence accepté.
Le smartphone, lui, nous promet tout.
Mais il nous vole parfois (souvent) l’essentiel : la capacité d’être pleinement là, sans écran comme intermédiaire.
Ce n’est pas un procès. Ce n’est pas une leçon.
C’est un constat. Le mien.

Revenir à l’essentiel, un geste après l’autre

Depuis ce soir-là, je fais plus attention. Pas toujours. Pas parfaitement. Mais consciemment.
Quand Scrat vient, j’essaie de poser le téléphone. Vraiment.
Parce qu’il n’y aura pas de replay pour ces moments-là.
Nos animaux vieillissent. Nous aussi.
Et ce qu’on néglige aujourd’hui, on le regrette souvent plus tard.

Finalement…

Peut-être que la vraie question n’est pas faut-il moins de smartphone, mais plutôt :
à quoi choisissons-nous d’offrir notre attention ?
Scrat, lui, a déjà choisi.

Jennifer

À propos des images

Les images utilisées dans cet article proviennent de diverses sources ou sont de création personnelle. Lorsqu’elles ne sont pas de moi, elles sont citées ci-dessous.

  • Image d’en-tête : Kaboompics
  • Images d'illustrations : Kaboompics

post a comment